Mémoire de Sainte Douceline à Barjols, son 2ème "berceau" de 1220 à 1229
Douceline va grandir dans le rayonnement d'un foyer uni consacré à Dieu, dévoué envers les pauvres et les malades.
Dans le livre de la "Vida de Douceline" *, on relate ses dispositions précoce pour l'oraison, "elle jouait avec les rayons du soleil que ses petites mains cherchaient à saisir". Elle pouvait se tenir les mains jointes en prière un grand moment et quand sa mère l’appelait "où étais-tu ?". Elle répondait simplement "là haut, là haut avec les anges", comme une évidence.
Bérenguier et son épouse Huguette les soignaient, les réconfortaient, leur apportaient leur aide. Son père désirait que sa fille reçoive les pauvres comme il avait coutume de le faire en sa maison, lui en amenant plusieurs fois et disant : "fillette, je t'apporte du mérite !"
C'est dans ce climat que Douceline grandit à Barjols dans la douceur de cette ville provençale où l'eau est si présente et rafraîchissante.

Découverte de la collégiale de Barjols : Notre Dame de l'Assomption
Au XIème siècle, la position géographique de Barjols au nord-ouest du Diocèse en fait un carrefour important ce qui va influer durablement sur ce développement. La population croît assez fortement alors. Le manque de prêtre pour desservir les églises alentour se fait sentir. C'est pour y pallier que s'établit ici, vers 1060, un "collège" de clercs : des chanoines* placés sous l'autorité d'un prévôt. Ils ménent une vie commune organisée autour d'un cloître et célèbrent ensemble l'office divin. Mais à la différence des moines, ils ont en charge des églises proches.
Ainsi, Douceline et sa famille, ont connu la collégiale et le cloître qui lui est associé et ont participé aux célébrations menées par les chanoines.
Toute la vie du Bourg, à l'époque, est regroupée autour de la collégiale dans le quartier du Réal, sous la protection du castrum des seigneurs de Pontevès.




Bénédiction de l'icône de Sainte Douceline par le père Hervé Mauran, pour la Saint Hugues* le 1 avril 2025, dans la chapelle où figure le tympan du XIIème de la Collégiale de Notre Dame de l'Assomption de Barjols. Joie et gratitude! Nous apprenons qu'en 1312, la béguine Philippine de Porcellet* fait un legs en faveur de l'église de Barjols, où reposait Foulques de Pontevès son mari et Maragde sa fille. C'est sans doute à Barjols que Philippine entendit parler de Douceline... Devenu veuve très jeune, elle partira la rejoindre dans le béguinage de Marseille.
* Hugues de Digne était le frère bien-aimé de Douceline
* Philippine de Porcellet était la plus proche amie de Douceline et l'auteure de Sa "Vie" rédigée en 1297. Elle lui succédera à sa mort en 1274, dans le deuxième béguinage fondé par Douceline à Marseille, "Les Dames de Roubaud".




Barjols est une ville où l'eau coule en abondance. Ses alentours sont sillonnés de cours d'eau frais : le ruisseau des Écrevisses, de Varges, de Pontevès (avec son château) et d'autres...
Nos contacts à Barjols :
- Rénée Virgil, professeure d'histoire agrégée, nous apprend que Barjols a toujours était une ville d'eau et qu'on y faisait des soins de peau avec les eaux salées. On y pratiquait un négoce de draps, de laine, de coton, de lin. Il y avait le travail du blanchiment des draps, que l'on faisait sécher dans le vallon. Il y avait également des moutons.
Elle nous recommande de visiter la Collégiale de Barjols datée de 1060 et nous informe qu'il reste le tympan de l'époque romane à l'intérieur de l'église.

TYMPAN DE LA COLLÉGIALE DE BARJOLS
Ce tympan était au fronton de l'église primitive du XI ème siècle. Il est daté de la fin du XI ème, début du XII ème siècle.
Douceline est venue à Barjols vers l'àge de 6 ans avec ses parents et sa famille en 1220 : elle a donc vu ce tympan au fronton de la Collégiale du village ! Une belle découverte que nous avons pris le temps de méditer dans la chapelle qui lui est consacrée. On y voit au centre, le Christ assis dans une mandorle, portée par deux anges. De part et d'autre ce trouve le Tétramorphe l'aigle symbolisant Saint Jean, le lion Saint Marc, le taureau Saint Luc et l'ange Saint Matthieu.
- Robert Mistre : Quand vous demandez à Barjols une référence en matière historique, il vous est répondu de s'adresser à Robert Mistre, archiviste et chercheur depuis 40 ans. Nous l'avons donc rencontré à plusieurs occasions et avons partagé notre intérêt sur Douceline, sa famille dans le conteste de son époque, au XIII siècle et avons eu des échanges fructueux. Il nous parle de l’importance du village de Barjols au Moyen Age en tant que grand carrefour commercial et artisanal. Les troupeaux de moutons nombreux dans les vallons avoisinants permettaient l'artisanat lié à la laine, nettoyage et blanchiment des draps avec des foulons actionnés par l'eau ; tannage des peaux et confection de sacs, de chaussures, de ceintures et éléments de sellerie pour les animaux. On imagine que dans la carriole de Bérenguier figurait tout cet artisanat !
Le Bourg s'est développé autour de son Castrum de la famille des seigneurs de Pontevès établi sur les hauteurs de l'actuel quartier du Réal. En 1315, on y compte de 100 à 150 habitants. Les meilleurs prévôts viendront à Barjols dès le 11ème siècle, afin de gérer au mieux la cité, notamment en matière d’éducation. Tout ceci permettra à Barjols de devenir dès le Moyen Age une puissance militaire, éducative, commerciale et artisanale. On peut penser que Douceline a reçu de 6 à 16 ans, un bon enseignement à l'école de Barjols.




De la Collégiale, nous nous enfilons dans les ruelles et nous montons jusqu'au château, en passant par le quartier de Réal : ambiance Moyen Age qui nous rapproche de Douceline et de sa famille qui ont vécus dans ce quartier du Bourg de Barjols.



Nous remercions Robert Mistre pour la maquette qu'il a patiemment élaborée pour reconstituer Barjols et ses remparts au XIIIème, permettant de bien saisir le développement du Bourg autour de sa Collégiale.

En nous rendant à la médiathèque de Barjols, nous découvrons les Cahiers de P.H. Vaillant retraçant dates et événements de Barjols au fil de l'eau du temps. Dans le Cahier 2, découvrons ce passage : "1214 Sainte Douceline naquit à Digne en 1214, elle était bien jeune lorsque ses parents viennent se fixer à Barjols où elle habitat probablement le château. La source de Roubaud (source qui alimente Barjols) était la propriété de des parents et ils en portèrent le nom." Ça alors ! Le nom de Roubaud accompagne déjà Douceline à Barjols !
Mais en 1229 (elle avait 15 ans), Douceline perdit sa mère. Elles venaient toutes deux de rentrer à leur maison quand Huguette se sentit mal. Elle s'assit sur le seuil de la maison, mit à tête dans ses mains et poussa un long soupir. Douceline s'accroupit aux pieds de sa mère "Père va revenir reposez-.vous un peu". C'était un soir d'été calme et clair. Bientôt Bérenguier arriva en effet. Huguette ne parlait plus, la mort avait fait son oeuvre. La fillette priait en versant des larmes "Mon Dieu, mon Dieu, recevez son âme en paradis".
Après la mort de sa femme et celle de son fils aîné, Bérenguier quitta Barjols. Il choisit la cité Hyères (1230).
D'après le livre du père Thoumyre en référence au chamoine Bouisson, 1934